Retraites : les 5 leçons du rapport Delevoye sur la réforme Macron

Dévoilé le 18 juillet 2019, le rapport remis au Premier ministre par Jean-Paul Delevoye, Haut-commissaire à la réforme des retraites, présente les fondements de la réforme des retraites d’Emmanuel Macron. On n’a pas fini d’en parler… Voici les cinq leçons du rapport Delevoye et ce que cela va changer pour nos retraites :

  1. “Règle d’or” = baisse programmée des pensions par rapport aux salaires
  2. “Âge d’équilibre” = un recul permanent de l’âge de départ à la retraite
  3. Des simulations truquées : l’entourloupe numéro un
  4. Une réforme paramétrique avant 2025 : toutes et tous touché.e.s
  5. Les questions qu’on se pose encore

1) “Règle d’or” = baisse programmée des pensions par rapport aux salaires

Le rapport l’annonce clairement : la réforme doit se faire « à moyens constants ». Cela signifie que la part des cotisations dans le PIB restera indéfiniment la même. D’ailleurs pour certain.e.s, ne pas augmenter les dépenses publiques – aujourd’hui 14 % du PIB – liées aux retraites serait l’objectif premier de la réforme. [Voir la note Rapport Delevoye, organiser et garantir la baisse des retraites]

Problème : dans 30 ans, du fait des progrès de l’espérance de vie, notre pays comptera 6 millions de personnes de +65 ans en plus, qui représenteront plus d’un.e habitant.e sur quatre. C’est mécanique : si plus de personnes se partagent une même part du gâteau, il y aura moins de gâteau par personne.

Le plus choquant, c’est que le rapport Delevoye l’assume explicitement : il présente des simulations (pipeautées en plus, on y reviendra ci-dessous) sur neuf cas « types ». Et sur ces neuf cas, tous sans exception voient leur taux de remplacement (ce que représente la retraite par rapport au dernier revenu perçu) diminuer au fil du temps. Avec la réforme Macron, passer à la retraite signifiera voir son niveau de vie baisser radicalement.

2) “Âge d’équilibre” = un recul permanent de l’âge de départ à la retraite

Le rapport propose un « âge d’équilibre » ou « âge du taux plein » à 64 ans, en dessous duquel l’on subirait une décote, et au-delà duquel on pourrait prétendre à une surcote.

Derrière ce système se cache en réalité une injustice importante : fini le principe des annuités, où on pouvait toucher son taux plein dès 62 ans pourvu qu’on aie cotisé suffisamment. Ici, quel que soit l’âge de début de la carrière – 16 ans, 20 ans, 24 ans – tout le monde subira une décote identique, dès 62 ans. Et ceux qui auront commencé à travailler tôt seront automatiquement pénalisés.

Malgré la comparaison trompeuse du Gouvernement, cet âge d’équilibre ne sera plus un “taux plein”, puisqu’il ne garantit ni la valeur du point à un âge donné, ni le niveau de pension auquel on peut prétendre après une carrière complète. Plus encore, le rapport propose que la valeur du point à “l’âge d’équilibre” diminue tous les ans de manière automatique en fonction de “l’évolution de l’espérance de vie”…

Cet “âge d’équilibre”, le soit-disant “taux plein” des retraites Macron, c’est en fait l’équivalent d’une réforme des retraites chaque année.

3) Des simulations truquées : l’entourloupe numéro un

Pour illustrer le projet de réforme Macron, le rapport propose des « cas types » : on prend un profil individuel et on regarde quelle retraite il ou elle aurait avant et après la réforme… Et là surprise, dans la plupart des cas proposés, les retraité.e.s y gagnent par rapport au système actuel. C’est pourquoi notre collectif est allé vérifier les petits caractères en bas de la page…

Et là, patatras. Si on regarde dans les annexes, on découvre une belle entourloupe. On apprend que Delevoye :

  • ne compare pas une retraite-Macron à une retraite du système actuel (ce que le rapport veut faire croire et qui serait logique)
  • mais qu’il compare une retraite-Macron et une retraite du système actuel calculée selon une durée de cotisation fictive, plus longue que celle prévue par la législation actuelle !

Donc, plutôt que de comparer la réforme Macron au système actuel (ce qui ferait apparaître une baisse généralisée des pensions), Delevoye compare la réforme des retraites à … quelque chose qui n’existe pas. Comme ça on a l’impression que sa réforme, elle est bien. Habile !

En réalité, le Gouvernement nous maintient dans le flou sur le futur montant de nos retraites, alors qu’il pourrait rendre publiques toutes les simulations individualisées qui permettraient à chacun.e d’entre nous d’y voir clair sur son avenir. C’est la condition d’un vrai débat en toute transparence.

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4) Une “réforme paramétrique” avant 2025 : toutes et tous touché.e.s

Une réforme paramétrique, qu’est-ce que c’est ? C’est un “ajustement” des paramètres du système actuel, pour faire des économies sur les retraités (#CSG , gel des pensions alors que les prix augmentent) ou sur les personnes proches de la retraite en diminuant leurs droits (allongement de la durée de cotisation, report de l’âge de départ…)

Le Gouvernement a plusieurs fois envisagé une telle réforme (pour 2020 notamment), puis a abandonné le projet quelques jours avant la présentation du rapport Delevoye.

Mais au détour d’une discrète phrase de la page cent douze, on nous annonce que pour garantir l’équilibre financier du système, le projet de réforme Macron sera « enrichi » (lol) avec des mesures de baisse des retraites à court terme. Les personnes prenant leur retraite avant 2025 pensaient être épargnées par les retraites-Macron ? Que nenni ! Nous sommes bien toutes et tous concerné.e.s… Et les plus proches de la retraite le seront les premiers !

5) Les questions qu’on se pose encore

  • Qui seront les perdant.e.s ? On l’a vu, si on n’augmente pas les cotisations, nous serons tou.te.s perdant.e.s… Mais dans le détail ? Profs, cadres, chômeur.se.s, carrières hachées ou incomplètes, femmes, métiers pénibles…? On y reviendra certainement, mais la transparence est loin d’être faite sur le sujet.
  • Le Gouvernement voudra maquiller le gel des ressources avec une « gouvernance innovante », citoyenne, paritaire… en ne les laissant pas décider du montant des pensions, mais de la sauce avec laquelle elles vont baisser. Comment vont-ils le faire précisément ? Avec quelle subtilité ? On est vraiment curieux.ses…
  • Quelle sera la nature de la réforme paramétrique ? Combien d’économies supplémentaires seront réalisées de cette façon ? Qui sera touché.e et de combien ?

Ce dont on est sûr.e.s, c’est que le Gouvernement veut :

  1. geler les ressources de notre système de retraites,
  2. supprimer le taux plein obtenu aujourd’hui après une certaine durée de cotisation, et diminuer graduellement la valeur du point avec l’espérance de vie,
  3. faire une réforme paramétrique supplémentaire pour grapiller quelques sous…

Ce que cela veut dire : tout semble indiquer que la réforme Macron fera baisser nos retraites. Loin de simplement unifier les règles, cette réforme renforce et accèlere les baisse  prévues par les réformes précédentes. En conséquence, nos retraites représenteront chaque année une part de plus en plus faible de notre salaire de fin de carrière.

En conclusion : restons toutes et tous vigilant.e.s !

 

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