Le projet de réforme Macron en questions

1. Quels sont les principes et enjeux de notre système de retraite ?

Notre système de retraite actuel repose sur un principe simple : celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie se voient assurer, passé l’âge de la retraite, un niveau de vie proche de celui de leur fin de carrière, et en tout cas supérieur au seuil de pauvreté. Alors que la retraite a longtemps été une période de déclassement voire de dénuement, elle constitue désormais un temps de la vie à part entière, libéré du travail.

Notre système est aujourd’hui à l’équilibre et remplit, en moyenne, cet enjeu de mise en sécurité sociale. Il est cependant très imparfait : il amplifie les inégalités femmes-hommes qui existent dans le monde du travail ; il est complexe et défavorable à celles et ceux qui changent de statut ou de secteur au cours de leur carrière ou encore il fixe des objectifs d’âge et de durée inatteignables pour la plupart des salariés. Et puis, combien de nous n’avons pas dit ou entendu “bof de toute façon, je ne sais même pas si j’en aurai une de retraite…”

2. En résumé, pourquoi le gouvernement d’Emmanuel Macron veut-il une réforme ?

Le Gouvernement souhaite une réforme “systémique” de nos retraites. Derrière cette idée de “big bang” se trouvent deux objectifs principaux :

  1. Un changement de logique du système avec un passage à une retraites par points (“1€ cotisé donnera les mêmes droits”)
  2. Le gel des ressources : ne pas mettre plus d’argent dans nos retraites. (“14% du PIB, c’est un plafond”)

3. Concrètement, comment ça fonctionnerait, ce système par points ?

Le premier objectif du Gouvernement est de mettre en place un système de retraite par points (avec le slogan “1€ cotisé donnera les mêmes droits”).  Un tel système s’approche du fonctionnement d’un livret d’épargne : pour chacun, la somme des cotisations versées tout au long de la vie devra être égale à (ou se rapprocher de) la somme des pensions perçues à la retraite. On parle aussi de “rendement défini” : si j’ai cotisé (“épargné”) 100 sur 43 ans de travail, je devrai recevoir 100 (avec éventuellement un “taux d’intérêt” en plus ou en moins) au total sur ma vie à la retraite. Dans le cas d’une espérance de vie à la retraite de 20 ans, je recevrai donc 100 / 20, donc 5 par an.

De ce fonctionnement par points découlent deux principaux mécanismes : 

  1. Plus le taux de cotisation sera bas, moins j’accumulerai de points durant ma carrière et plus ma retraite finale sera faible. J’aurai en effet plus de points au moment de mon départ si je cotise sur 16 % de mon revenu tout au long de ma vie que si je cotise sur 14 %.
  2. Plus l’espérance de vie à la retraite sera élevée, plus la valeur du point au moment du départ sera faible. Si j’ai accumulé 100, je recevrai 5 par an si mon espérance de vie à la retraite est de 20 ans. Si en revanche mon espérance de vie à la retraite passe à 25 ans, je ne recevrai plus que 4 par an.

En bref, le principe de “1€ cotisé = les mêmes droits” c’est 1) un système calqué sur l’épargne financière (le principe est de récupérer ma “mise” dans le système) 2) un nombre de points qui dépend directement du taux de cotisation et 3) une valeur du point qui diminue automatiquement quand l’espérance de vie augmente.

En savoir plus sur le fonctionnement du système par points

4. Est-ce que ma retraite va baisser avec la réforme ?

D’après les annonces actuelles, oui. Le second objectif du Gouvernement est, lui aussi, clairement assumé : notre système public de retraites représente aujourd’hui 14 % du PIB, pour 20 % de personnes de plus de 65 ans, et il ne souhaite pas mettre plus d’argent dans nos retraites. Or, sous l’effet de l’augmentation de l’espérance de vie, dans 30 ans les personnes de plus de 65 ans seront 6 millions de plus qu’aujourd’hui, et représenteront 26 % de la population. Plus de retraités qui se partagent une même part du gâteau, cela fait moins de gâteau par retraité, et donc un décrochage de plus en plus fort de nos revenus au moment du départ en retraite. Dit autrement, de cet effet ciseau découlerait une baisse mécanique du montant de nos pensions par rapport à nos salaires.

Ce problème de baisse des pensions par rapport aux salaires n’est pas un problème spécifique de la réforme : si l’on souhaite éviter ce décrochage, il faudra trouver de nouvelles ressources pour notre système de retraite. Ce projet de réforme aggrave cependant le problème : premièrement le gel des ressources y est défini par le gouvernement comme un objectif en soi. De plus, le système par points rendra la diminution des pensions automatiques avec l’augmentation de l’espérance de vie (voir ci-dessus).

 

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5. Est-ce que je vais devoir travailler plus longtemps pour avoir ma retraite ?

C’est en tout cas une idée phare du Gouvernement : chacun serait “libre” de partir à 62 ans, mais avec une pension très réduite, ou d’attendre, plusieurs années, pour avoir une pension plus conséquente.

Sauf qu’en pratique le choix n’est pas si simple : d’abord parce qu’il existe des métiers particulièrement pénibles qu’on ne peut pas prolonger sans danger passé un certain âge. Ensuite, parce que certain.e.s salarié.e.s, et tout autant certains employeurs, ne souhaitent pas prolonger l’activité des seniors.

En conséquence, en 2018, près d’une personne sur deux n’était déjà plus en emploi au moment où elle partait en retraite. Dans ces conditions, “partir à la retraite plus tard” ne signifie pas tant “travailler plus longtemps” que “prolonger la période de précarité sans emploi ni retraite” qui concerne aujourd’hui déjà 1,5 millions de seniors. La question est donc plus “est-ce qu’il sera possible de partir plus tard ? Et surtout : est-ce bien le modèle de société que nous voulons ?

6. Est-ce que les personnes à la retraite ou proches du départ aujourd’hui vont être concernées par la réforme ?

Soyons clairs : on n’est pas sûrs, mais on a de vrais doutes.

Officiellement, le gouvernement ne souhaite toucher à rien, ni pour les personnes à la retraite, ni pour celles proches de la retraite et qui devraient partir avant 2025. Dans les faits, avec un système par points, “l’indexation” des retraites – soit leur augmentation année après année pour suivre l’inflation – serait décidée chaque année au cas par cas. Rien n’exclut une absence d’indexation (comme lors des deux dernières années) ou une augmentation des impôts par ailleurs (comme l’augmentation de la CSG en 2018) qui ferait baisser les pensions réelles.

Enfin, si le Gouvernement semble avoir écarté, dans l’immédiat, l’idée d’une augmentation de l’âge de départ ou de la durée de cotisation dès 2020, aucun démenti officiel n’a été opposé, bien au contraire…

7. Femmes, précaires, enseignant.e.s… qui seraient les gagnants et les perdants de la réforme ?

Et bien on n’en sait rien non plus. En changeant totalement les règles de calcul, à court terme pour certaines personnes cela reviendra au même, mais pour beaucoup le changement sera conséquent.

Le problème est que, pour connaître dans les détails les effets de ces changements, et notamment pour savoir qui devrait s’inquiéter pour ses retraites, il faudrait que le gouvernement mette à disposition différentes simulations de son projet de réforme qui reflètent la diversité des situations individuelles.

Or le gouvernement s’y refuse. Et pour cause : à moyen terme, tout le monde serait perdant puisque les ressources affectées au financement des retraites seraient bloquées.

Et pourtant il tente de mettre en avant des “effets redistributifs” de sa réforme notamment pour les femmes et les petites retraites : en l’état, ces affirmations ne sont pas vérifiables. Le gouvernement reste notamment très discret sur les personnes potentiellement désavantagées par son futur système : les agents publics aux métiers pénibles (agents du métro, infirmières), celles et ceux qui ont passé une partie de leur vie aux minimas sociaux, ou très certainement les enseignantes et enseignants.

Pour que le débat ait lieu, il faudrait que le gouvernement joue cartes sur table.

8. Au fond, est-ce que j’aurai une retraite ?

Oui ! 30 ans de réformes successives de notre système ont tout à fait cassé la confiance dans celui-ci, pourtant il est important de rétablir la vérité : même dans les projections les plus éloignées et pessimistes du Conseil d’orientation des retraites – l’organisme indépendant de référence – nous aurons tou.te.s une retraite.

Plus encore, ces réformes peuvent être solidaire et peuvent être d’un montant suffisant : c’est une question de choix de société ! Est-ce que la réforme Macron va dans le bon sens ? Après mûre réflexion, on a quelques doutes…

Restons en contact pour rester vigilant.e.s sur cette réforme !

 

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